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Croissance de la truite fario sur le bassin versant du gave d’Oloron

La croissance d’une truite n’est pas égale partout.

Sur les gaves du Béarn, de belles grosses truites fario sont présentes et suscitent beaucoup de convoitise dans les rangs des pêcheurs. Ou que ce soit, de part le monde, ces poissons à forte croissance font rêver les amoureux de la pêche. Ici ou ailleurs sur le globe, les destinations de pêche sont souvent choisies en fonction de ce critère.
Sur notre territoire, les gaves du Béarn (Pyrénées-Atlantiques – 64) les belles truites se prennent essentiellement sur les zones de plaine. Par belle truite s’entend des truites dont la taille dépasse les 40 centimètres, les truites trophées atteignant difficilement les 60 centimètres.

Croissance rapide pour cette truite de plaine

Croissance rapide pour cette jolie truite de plaine

Chaque cours d’eau, par ses caractéristiques globales (géologie / altitude / pente / latitude / climat/ qualité du milieu), produit des truites de plus ou moins belle taille. D’une rivière à l’autre, les vieilles truites, âgées de plus de 4 ans s’entend, peuvent ne pas dépasser les 30 centimètres ou à l’extrême franchir la barre des 70 centimètres pour quelques cas de biotope en France (quelques rivières aux croissances exceptionnelles : la rivière d’Ain, l’Ariège, l’Isère, la Touvre entre autres). D’autres truites migratrices peuvent même aller au delà de ces tailles et atteindre des dimensions extraordinaires (truites lacustres et truites de mer). Dans cet article, je resterai centré sur l’analyse de la croissance des truites fario de rivière au sein du bassin versant du gave d’Oloron.

Avant de revenir sur la méthode utilisé pour l’analyse de la croissance et l’âge des truites fario sur les rivières du Béarn, je voudrais faire un aparté sur les différents facteurs conditionnant une croissance rapide et sur quelques éléments de connaissance liés à l’écologie de la truite.

De quoi dépend la croissance d’une truite ?

Le premier facteur à connaître indique que les poissons sont des animaux à sang froid, ce qui implique que la température corporelle d’une truite est dépendante de la température de l’eau dans laquelle elle évolue.
Ce paramètre température intervient fortement sur l’activité des truites et donc sur la vitesse de croissance. Le paramètre température joue aussi un rôle significatif sur certaines fonctions vitales : activité hormonale, reproduction, résistance aux pathologies… A mes yeux, l’optimum thermique qui bénéficie grandement à l’évolution de la truite se situe dans la fourchette de température comprise entre 12 et 16 °C.

Deux autres facteurs importants contrôlant la croissance sont désignés par l’altitude et la distance de la source. L’altitude influant sur les températures, la croissance est logiquement plus favorable en plaine qu’en zone montagneuse. Quand à la distance de la source, plus un cours d’eau est long et sa largeur importante, plus la probabilité de retrouver de jolis poissons sur la zone est élevée (dans la limite des températures d’eau létales avoisinant les 20°C) . La pente est aussi à considérer pour évaluer les tronçons à croissance rapide. Bien que la notion d’oxygène dissous est indispensable à la survie de la truite (zone de courant), les secteurs trop pentus provoquent une dépense énergétique accentuée qui entraîne implicitement une croissance ralentie chez dame fario.
La compétition entre de trop nombreux sujets peut aussi expliquer un phénomène de faible croissance voire de nanisme.

Truite à croissance normale

Truite fario à la croissance normale

Dans les autres facteurs limitant la croissance, on pourra évoquer les parties de cours d’eau connaissant un déséquilibre physique ou chimique, plusieurs possibilités :
– les zones court-circuitées par un barrage avec captage d’eau. Ces débits réservés sont appauvris (débit, richesse faunistique, surface couverte en eau, diversité de l’habitat) et produisent souvent des populations de poissons moins importantes (densité) et de tailles moins élevées que les tronçons en « plein eau ».
– les portions de rivière soumises aux éclusées. Ces variations incessantes de débit perturbent considérablement les milieux et entraînent automatiquement des déséquilibres (exondations, variabilité des températures, raréfaction de la macro faune…) ce qui influe directement sur les espèces piscicoles et induit une croissance non régulière.
– les activités humaines, elles sont souvent synonymes de micro pollutions qui agissent sur la qualité du milieu collecteur. Synonyme de perturbations physico-chimiques sur la rivière, elles dérèglent la qualité de réalisation des phases vitales de la truite (reproduction, éclosion, croissance). Bien que des progrès aient été faits, les rejets directs ou par lessivage sont encore trop nombreux (agriculture intensive, eaux usées, zones urbaines, sols imperméables, activités industrielles… ) et dégradent sournoisement nos milieux.

Barrage hydroélectrique de Soeix sur le gave d'aspe

Barrage hydroélectrique de Soeix sur le gave d’Aspe – Débit réservé à gauche et passe à poissons

Régime d’un gave :

La plupart des cours d’eau des Pyrénées sont des torrents alimentés par les réserves en eau accumulées sur les sommets, leur régime est classé comme nivo-pluvial. Ce régime hydrique entraîne de fortes variations de température et de débit au gré des saisons et influent donc directement sur la croissance des truites.

Répartition et croissance :

A la lecture de ces informations, on estime rapidement les vitesses de croissance entre les différentes zonations d’un cours d’eau Pyrénéen.
Personnellement, je fragmente le linéaire d’un gave en trois zones distinctes : montagne / piémont / plaine
Les populations de truites et les croissances sont en général inversement proportionnelles au regard de la distance de la source et de la pente :
– zone de montagne : forte population à faible croissance
– zone de piémont : population moyenne à croissance moyenne à rapide
– zone de plaine : population faible à forte croissance

Quelques mots sur la maturité sexuelle :

La maturité sexuelle d’une truite fluctue suivant le sexage. Un mâle sera mature, bien souvent, plus tôt qu’une femelle. On estime qu’un mâle sera prêt à féconder à partir de ses 2 ans et une femelle prête à pondre à 3 ans. Nous verrons dans un prochain article s’il vaut mieux que les truites soient au final un peu plus âgées pour participer au frai afin d’optimiser la fécondation et la dépose en œufs et ainsi favoriser de meilleurs recrutements à venir.

Méthodes d’analyse de la croissance :

Deux méthodes sont essentielles et parfois complémentaires pour obtenir des informations sur les sujets truites et autres poissons osseux.
La scalimétrie est la méthode la plus connue et la plus utilisée du fait de sa facilité à interprétation. Il suffit de prélever des écailles sur une surface déterminée du corps et de les analyser à l’aide d’une binoculaire. Apparaissent pour chaque écaille des stries qui vont nous indiquer l’âge, la vitesse de croissance, et la maturité du sujet.

scalimétrie lecture d'une écaille

Principe de la scalimétrie – source schéma internet

L’autre méthode qui impose des moyens plus conséquents pour exploiter les données consiste à analyser les otolithes. Une otolithe est une excroissance osseuse située dans l’oreille interne du poisson. Chaque poisson en possède 3 paires. L’analyse des otolithes appelée l’otolithométrie permet de déterminer l’âge mais aussi le ou les milieux dans lesquels notre poisson a pu évoluer successivement grâce aux signatures chimiques de chaque cours d’eau ou portion de cours d’eau. Seul bémol, en plus de l’aspect scientifique qui implique des moyens considérables à mettre en oeuvre pour la lecture et l’interprétation, il est obligatoire de sacrifier le poisson pour obtenir des données.
Il est donc bien plus facile techniquement d’utiliser la scalimétrie (lecture des écailles) pour définir la croissance d’une truite. C’est donc cette dernière qui aura été utilisée pour réaliser deux études relatives à la croissance des truites sur le bassin versant du gave d’Oloron.. Ces études réalisées en 1997 (pilotée par le CSP) et reproduite en 2007 (pilotée par la fédération de pêche des Pyrénées-Atlantiques) ont été rendues possibles grâce au volontariat de pêcheurs passionnés dont je fais partie, aux agents techniques travaillant sur les passes à poisons du bassin, ainsi qu’aux agents fédéraux et ONEMA lors des pêches électriques d’inventaire. Chacun s’attachant aux prélèvements des écailles des poissons pêchés ou piégés, à la prise de mesure de ces mêmes poissons et à l’évaluation du sexage au regard de la silhouette et de la forme de la tête.

Pêche électrique et biométrie

Pêche électrique et biométrie

La variabilité des vitesses de croissance dans les Pyrénées :

Il a été déterminé par de précédentes études réalisées sur les bassins hydrographiques des Pyrénées qu’une croissance moyenne à 3 ans se situait aux alentours de 20 centimètres et qu’une croissance très forte pour le même âge dépassait les 26 centimètres.

Les résultats de l’étude scalimètrique sur le bassin du gave d’Oloron.

Zone à très forte croissance :

– le gave d’Oloron
– le Saison (ou gave de Maulèon) aval et intermédiaire
– le gave d’Ossau aval
– le gave d’Aspe aval
– le Vert aval
– L’Apoura

Sans surprise, les bassins aval laissent apparaître les croissances les plus rapides. Le gave d’Oloron et le Saison aval arrivant en tête grâce à des croissances explosives.
Longueur totale moyenne à 3 ans évaluée à 36,8 centimètres.

Le gave d'Oloron, une rivière où la croissance des truites est rapide

Le gave d’Oloron et sa réputation de rivière à grosses truites

Viennent ensuite les autres cours d’eau importants de plaine et situés légèrement en amont des premiers cités. Les gaves d’Aspe et d’Ossau en partie basse ainsi que le Vert en zone aval bénéficient à la croissance des truites grâce à la qualité de leur milieu. On ajoutera le Saison en partie plaine intermédiaire et son affluent principal l’Apoura.
Longueur totale moyenne à 3 ans comprise entre 25 et 28,7 centimètres.

Le gave de Mauléon ou Saison dans sa partie intermédiaire

Le gave de Mauléon ou Saison dans sa partie intermédiaire

Zone à croissance moyenne :

– le Saison en zone de piémont
– le gave d’Ossau en zone de piémont
– le gave d’Aspe en zone de piémont
– le Vert en zone de piémont
– le Lourdios en zone de piémont
– le Larrau
– Le Saint-Engrâce

Tous ces cours d’eau connaissent une croissance moyenne justifiée par la proximité à la montagne. Les cours d’eaux restent relativement importants avec des contraintes à la croissance plus nombreuses : pente, luminosité, activité hydroélectrique…
Longueur totale moyenne à 3 ans située aux alentours de 21 centimètres.

Le gave d'Aspe dans sa partie intermédiaire

Le gave d’Aspe dans sa partie intermédiaire

Zone à croissance assez faible :

– le gave d’Ossau en zone de haute montagne
– le gave d’Aspe en zone de haute montagne
– le Lourdios en zone de haute montagne

Au delà d’une altitude moyenne supérieure à 700 mètres, les gaves sont des cours d’eau de montagne larges de quelques mètres et dotés d’une forte déclivité. Les contraintes à la croissance sont multiples et expliquent une croissance plutôt faible avec des truites arrivant à maturité avant la taille légale de capture fixée à 18 centimètres ou 20 centimètres suivant les sous bassins versants.
Longueur totale moyenne à 3 ans comprise entre 16 et 18 centimètres.

Les gorges du gave de Bious

Les gorges du gave de Bious en vallée d’Ossau

Conclusion :

Les résultats montrent clairement que la vitesse de croissance diminue de l’aval vers l’amont, autre constat, les truites ont une croissance rapide lors des 3 premières années, par la suite, la vitesse de croissance diminue nettement jusqu’à plafonner pour les plus vieux poissons au delà de 5 ans.
En considérant le gave d’Oloron, à l’âge de 5 ans, les truites atteignent en moyenne la taille de 45 à 50 centimètres. Ce qui explique la difficulté d’attraper des poissons de tailles supérieures, la pyramide des âges expliquant la rareté des poissons trophées.
Un poisson de plus de 60 centimètres est donc un poisson exceptionnel sur le bassin du gave d’Oloron. Malgré tout, chaque année, de tels poissons sont capturés par les pêcheurs à la ligne.
Grâce à cette synthèse, vous pourrez évaluer l’âge du poisson que vous capturerez à l’avenir sur le bassin versant du gave d’Oloron.
Si vous désirez continuer à vous informez sur le sujet, voici le lien vers l’étude réalisée par l’ingénieur de la fédération de pêche des Pyrénées-Atlantiques.

A partir de cette étude sur la croissance, il est possible de lancer le débat sur la réglementation et notamment sur la taille légale de capture à proposer sur les différentes zones du bassin. C’est ce que je m’efforcerai de faire dans un prochain article de mon blog.

A bientôt,
Lionel ARMAND

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