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La reproduction des truites et des saumons sur nos Gaves

Cet article est rédigé en prenant exemple sur la reproduction des populations de salmonidés du sud-ouest de la France. Plus précisément le bassin des gaves dans les Pyrénées-Atlantiques.
N’hésitez-pas à le parcourir car les informations qui s’y trouvent sont certainement très proches de celles que vous allez retrouver sur votre territoire. 

Observation de la reproduction et comptage des frayères :

Nous sommes début décembre et la reproduction des salmonidés se prépare sur nos Gaves. Les saumons et truites sélectionnent les zones de frayères et nul doute qu’ils vont bientôt s’affairer !

Cette année, après un mois de novembre sous le signe de la pluie (400 millimètres tombés sur le piémont), le substrat sera meuble, ce qui laisse présager une reproduction avec une forte oxygénation des ovules enfouies et donc probablement un fort taux de survie des alevins. A confirmer tout de même en fonction des événements prochains.

Je vous invite à profiter du spectacle qui va durer quelques semaines sur les gaves et leurs affluents.

Truite sur frayère

Observation des frayères lors de la reproduction des truites et des saumons sur les gaves

Pour en savoir un peu plus, je vous invite à lire cette article sur la reproduction et le fonctionnement des frayères.

Si vous ne connaissez pas le mécanisme de la reproduction des truites fario et saumons atlantiques, vous y apprendrez l’essentiel à sa lecture.

La reproduction des salmonidés truites fario et saumons atlantiques :

Les salmonidés, truite commune “salmo trutta” et saumon atlantique “salmo salar”, représentent les espèces de référence peuplant les rivières aux eaux fraîches et courantes.

Chaque année à même époque, ces espèces sont gouvernées par leur cycle biologique. Une des étapes de ce cycle mécanique assure le renouvellement naturel des effectifs, il s’agit de la période de reproduction.

Cet acte délivre un spectacle visuel d’une rare beauté à qui s’intéresse à la vie des milieux aquatiques et possède un simple sens de l’observation.

L’analyse de cette période peut (au même titre qu’un suivi de captures durant la saison halieutique, ou d’un inventaire piscicole par pêche électrique en automne) indiquer aux gestionnaires de milieux l’évolution des effectifs présents dans les cours d’eau de 1ère catégorie.

Frayère gave aspe

Frayère observée sur le gave d’Aspe

Ce suivi hivernal permet d’assurer un contrôle d’ensemble des populations et aussi d’évaluer le recrutement possible à espérer pour les prochaines années halieutiques.

Il permet aussi d’assurer une veille sur les rivières dans une période où ses abords sont désertés, période pourtant si cruciale pour le développement des populations piscicoles.

Ces poissons qui obnibulés par l’importance de l’acte en deviennent moins farouches et peuvent être sujets au braconnage.

Heureusement cette malveillance est isolée et plutôt rare ; les amoureux profiteront alors de la possibilité exceptionnelle d’approcher au plus prés les salmonidés qui frayent là juste devant nous, à quelques mètres du bord.

Ces observations renouvelées au fil des années amènent aussi à examiner l’évolution des habitats, des débits, de la qualité des eaux, de la météo…

Les indications d’éventuelles modifications influent directement le résultat d’ensemble du frai (modification du granulat des zones de frayères, variabilité des courants, surfaces immergées, marnages dus à l’hydroélectricité, amplification progressive de la température, érosion des berges, appauvrissement de la ripisylve, colmatage, effets des crues…).

Malheureusement, la plupart de ces modifications sont directement liés aux agissements de l’être humain et du besoin de confort du monde moderne.

La préservation passe par une sensibilisation de tous les instants, la prise de conscience publique semble en bonne voie. La défense du vivant face à la dégringolade de la biodiversité donne encore plus de poids à la sauvegarde de nos milieux aquatiques.

Bien que les lobbyings soient encore nos régisseurs pour un temps, il est bon d’espérer un avenir meilleur et bien plus respectueux de mère nature.

frayère sur le gave d'Oloron

Belles frayères aperçues sur le gave d’Oloron

Parenthèse faite, je reviens au sujet qu’est la période de reproduction et je vais vous indiquer quelques informations nécessaires pour mieux appréhender cette phase du cycle des salmonidés.

Principes de la phase de reproduction :

Pour les truites, la fenêtre temporelle de reproduction se situe entre les mois de novembre à février avec un pic en décembre.

Les saumons fraient durant une fenêtre plus courte, de début décembre à fin janvier mais souvent en suivant du pic d’activité des farios.

La photopériode joue un rôle important sur le stimulus déclencheur de l’acte de reproduction. Les jours les plus courts représentent souvent la période la plus favorable à une reproduction visible en direct.

La température de l’eau agit aussi sur le comportement, un rafraîchissement après une période météo assez douce déclenche une grande activité de frai sur la rivière.

Les caractéristiques de la frayère doivent correspondre aux exigences des salmonidés : un fond de galets ou de graviers propres et non colmatés de 2 à 8 cm de diamètre, possédant une bonne infiltration interstitielle (qui assure l’oxygénation indispensable au bon développement embryonnaire des œufs enfouis dans le substrat ), une vitesse de courant allant de 40 à 80 cm/s sous un couvert d’eau de 20 à 50 cm en général.

frayère en vue subaquatique

Vue subaquatique d’une frayère de saumons atlantiques

Sur un profil en long de la rivière, les sites de dépose sont souvent identifiés en queue de mouille (ou trou) dans la zone de pré-radier.

Parfois mais plus rarement on peut les localiser en tête ou entrée des mouilles, très régulièrement sur des zones ou la lame d’eau se resserre aussi bien en hauteur qu’en largeur.

Cet étranglement induit une accélération de la vitesse sur laquelle la femelle salmonidé va s’appuyer lors du nettoyage et du creusement de la frayère réalisés avec sa nageoire caudale.

Les fines particules se trouvant dans le substrat seront alors évacuées par la force du courant vers l’aval, en direction d’un prochain pool.

Les petites truites préféreront des zones proches de la berge ou sous un couvert végétal. Les grosses truites et les saumons peuvent parfois se satisfaire d’une zone centrale sur le cours d’eau. Mais préfèrent eux aussi les zones rassurantes des bords de berge, surtout si le lit central est trop ouvert vers le ciel.

La femelle choisi le lieu de dépose, après quelques sondage avec sa caudale, elle valide ou non le site du nid. Commence alors le nettoyage de la frayère à la recherche du meilleur point d’implantation. Elle passe ensuite au creusement du nid qui servira à la dépose. La taille de la frayère est proportionnelle à la taille de la femelle qui l’a créée.

truites sur frayères

Couple de truites sur une grande frayère

La femelle choisi son partenaire pour l’accouplement, les phéromones attirent avec lui d’autres congénères qui composent la cohorte des mâles dominés ou périphériques.

En général, les couples sont composés d’individus de tailles proches. Le mâle vient régulièrement croiser la femelle pour la stimuler, des fois vient vibrer à ses côtés. Mais dans tous les cas, assure son rôle de mâle dominant en chassant inexorablement les mâles intrusifs pour offrir une certaine tranquillité dans le travail à sa partenaire et convenir d’une relation de couple.

plusieurs truites sur nid frayère

Truites fario sur leurs frayères

La femelle est mâture, elle expulse ses œufs dans le fond de la frayère à l’abri des courants. Le mâle collé à elle participe à la reproduction en mêlant sa laitance aux ovules afin de les féconder. Ils agissent corps raidis et mâchoires ouvertes durant quelques secondes.

Les spermatozoïdes devront, en moins de 25 secondes environ, féconder les ovocytes de la femelle afin d’assurer la viabilité de l’œuf.

Pendant l’acte de fécondation, il arrive fréquemment que les mâles périphériques (ainsi que les tacons spermiens dans le cas du saumon) participent à leur tour en suivant du mâle dominant.

Dés la fin de l’acte, la femelle recouvre les œufs en allant « balayer » les graviers et galets se trouvant en périphérie amont.

Une truite fario femelle rempli le nid de sa frayère avec les graviers périphériques

Travail de recouvrement

La fécondité est légèrement différente entre les deux espèces, environ 2000 œufs au kilo pour une truite, légèrement moins pour un saumon. Les œufs sont de grosse taille par rapport aux autres espèces de poissons, environ 4mm pour la truite et 5mm pour le saumon, ils sont aussi plus résistants.

La durée d’incubation est elle aussi distincte, elle s’exprime en degrés x jours. L’éclosion s’effectue aux environs de 420 degrés x jours pour la truite (soit 42 jours sous une eau à 10 degrés par exemple ou bien 84 jours sous une eau à 5 degrés), 480 degrés x jours pour le saumon.

Mais la vie sous gravier ne s’arrête pas là !

Et ce point me semble fondamental, trop souvent oublié par les pêcheurs. Suit la période de résorption de la vésicule vitelline, poche ventrale assurant une réserve de nourriture, qui dure 310 degrés x jours pour la truite et 410 degrés x jours pour le saumon. Avant que ceux-ci n’arrivent au stade d’alevins et soient suffisamment mobiles pour quitter la zone de frayère, ils restent vulnérables et limités dans leur déplacement.

Libérés ensuite de cette poche ventrale qui s’est résorbée, ils se mettent à nager à la recherche de nourriture et d’un habitat adapté.

Ce qui laisse entendre, que la vie sous gravier et en périphérie sont importants en terme de durée. A titre d’exemple et pour simulation, il est bon de récapituler en tableaux les étapes et durée du frai avec des pontes effectuées à diverses dates :

Simulations de phases de reproduction montagne / plaine:

– Simulation en zone de montagne :

Truite fario commune

Température moyenne de l’eau

Début du fraiIncubationÉclosion

Résorption vésicule vitelline

Fin de l’émergence/

État d’alevin

5°C1er décembre19 février21 avril
torrent de montagne

Torrent de montagne riche en truites

– Simulation en zone de plaine :

Truite fario commune

Température moyenne de l’eau

Début du fraiIncubationÉclosion

Résorption vésicule vitelline

Fin de l’émergence/

État d’alevin

8°C15 décembre05 février16 mars
beau saumon sur frayère

Saumon sur sa frayère

Saumon Atlantique

Température moyenne de l’eau

Début du fraiIncubationÉclosion

Résorption vésicule vitelline

Fin de l’émergence/

État d’alevin

8°C15 décembre12 février05 avril
couple saumons sur frayères

Couple de saumons sur leur frayère

On remarque tout de suite que la vie sous gravier peut s’étendre sur une durée assez longue.

Les cours d’eau possédant un régime montagnard et se situant en altitude délivrent leurs alevins des galets que bien après l’ouverture de la pêche si la phase de reproduction se déclenche trop tardivement.

Heureusement, les populations de truite vivant dans les montagnes enclenchent leur processus reproducteur généralement plus précocement que la population de plaine. Souvent courant novembre.

Les rivières de plaine sont peut-être plus épargnées par le piétinement de début de saison. Mais attention si le frai est retardé ! Et les années ou le deuxième samedi de mars, jour de l’ouverture pour la majorité des départements, se propose tôt dans le mois.

En définitive, les alevins de truite et encore plus ceux de saumon, sont à la merci d’un piétinement malencontreux d’un pêcheur. Qui, heureux de pouvoir traverser la rivière qu’il arpente, décide de passer sur cette zone de pré-radier. Il détruit de la sorte tout ou partie du futur recrutement en alevins de sa rivière.

Reconnaissez qu’il est dommage de se priver de la sorte du futur potentiel de la rivière.

Je vous conseille donc en début de saison de traverser plutôt sur des zones où le substrat est grossier ou dans les zones plus profondes. Et d’éviter à tout prix les petits galets et graviers fins en arrière de trou dans moins de 50 cm de profondeur. Là où tout un chacun trouverait plus confortable de cheminer.
Idem pour les zones de bordures végétalisées et à granulats fins.
C’est préférable et certainement utile pour l’avenir des populations de salmonidés de les contourner.

Donc amis pêcheurs, à l’avenir pensez à la vie sous gravier. Vous y réussirez certainement si vous vous rappelez les données de cet article. Ou si comme moi, vous suivez dés la période hivernale le fameux cycle de reproduction des salmonidés. N’hésitez-pas ! Le spectacle est gratuit et d’une rare beauté.

En plus, vous gagnerez en sens de l’observation indispensable lors de la saison de pêche et vous aurez l’occasion de vous entraîner à localiser les truites grâce à vos lunettes polarisantes, fondamental lors d’une pêche à vue par exemple.

Vue rapprochée d'une belle truite fario sur sa zone de frayère

Beau poisson sur sa frayère

Pour terminer :

Dernière remarque que je voudrais apporter ici et plus particulièrement destinée à la truite fario commune. Toute cette théorie sur la phase de reproduction est basée sur des populations de poissons sauvages.

Les chiffres avancés régulièrement par les études ou suivis scientifiques concernent l’évolution dans le temps des œufs, des alevins jusqu’aux truites adultes endémiques.

Ils ne tiennent pas compte des poissons introduits quelques que soient la forme (alevinages, empoissonnements, déversements de truites maillées ..). Car ceux-ci de façon certaine et prouvée, afficheront des réussites reproductrices négligeables voire proches de zéro arrivés à l’âge de maturité.

Ces actes d’introduction seront utiles essentiellement là où la pression halieutique est importante sur les populations sauvages, sans espérer décupler les populations dans un avenir proche.

À mon sens, notre seul choix de gestion à long terme afin de maintenir des territoires à forte densité de salmonidés est de privilégier la préservation des milieux aquatiques fonctionnels. Et d’entreprendre des programmes de réhabilitation pour les plus perturbés. Les programmes visant à rétablir le principe de continuité écologique vont dans ce sens.

Pour le saumon, la réintroduction artificielle s’avère bien meilleure. Certainement du fait du caractère migratoire de l’espèce. Les smolts libèrent l’espace rivière dés leur deuxième printemps. Ce qui minimise le côté compétition entre individus à un moment crucial du cycle de vie.

Au final :

J’espère vous avoir donné l’envie d’aller vous balader au bord des rivières de 1ère catégorie, même en période hivernale.

Peut-être verrez-vous la rivière différemment à l’avenir et gardez à l’esprit que chacun de nous a le pouvoir et le devoir de préserver notre patrimoine hydrographique (obligations dans les statuts des adhérents aux Association Agréées pour la  Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques).
Car, comme le dit si bien un slogan, « l’eau, c’est la vie ! »

Sur ce message militant, je vous souhaite à tous de doux moments halieutiques.

Lionel ARMAND.

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17 reflexions sur “La reproduction des truites et des saumons sur nos Gaves

  1. Serain stephane

    Bonjour
    Très bel article, précis, clair et qui expose parfaitement la problématique.
    Vous êtes connu et renommé dans le milieu de la pêche à la mouche.
    Aussi, Merci de me donner votre avis sur les questions ci après :
    Que font nos fédérations pour améliorer la situation. Pourquoi les décisions ne sont elles pas prises?
    Il faut faire 40 km de plus pour de l autre cote de la frontière , trouver des rivières avec une forte densité de poissons sauvages.
    Nous Français, pourquoi n y arrivons nous pas?

    Je serai ravi de pouvoir échanger avec vous et également de pêcher à vos côtés
    Bien Cordialement
    Stephane Serain

    1. Lionel ARMAND Auteur de l'article

      Bonjour,
      Long débat que vous soulevez là…
      Il serait bien difficile d’y répondre en quelques lignes.
      Mais je suis prêt en en discuter avec vous de vive voix.
      Au plaisir de vous rencontrer.
      Cordialement.

  2. le guillanton

    superbe article. nous ne mangeons pas les truites , mais les regardons sauter, c’est un véritable enchantement, obligation de faire chut….pour ne pas les perturber. notre petite marre 25×9 traversée par un ruisseau, nous offre ce magnifique spectacle. Merci

  3. lydiaaa

    merci beaucoup pour cet article ! j’ai justement un dm d’svt à rendre pour demain et je trouvais rien de bien intéressant !
    mille fois merci, à la revoyure
    signé: une élève de 4e

    1. Lionel ARMAND Auteur de l'article

      Merci pour votre retour !
      Pour l’instant, il est toujours autorisé de rentrer dans l’eau même pour l’ouverture…
      Donc savoir où se situent les frayères nous aident à ne pas piétiner n’importe où n’importe comment.
      Se déplacer et traverser dans des parties à blocs et gros galets ça va, dés que le substrat est inférieur à 5/10 centimètres, alors là, faudra y réfléchir à deux fois…
      Un jour peut-être on décalera toute la saison de pêche de 15 jours, bien mieux adapté à la réalité du terrain et au rythme de la nature…

  4. etchegaray

    pour preserver les frayeres proceder comme en Espagne
    interdiction de marcher dans l,eau jusqu,a fin avril sachant que les truites fraient de plus en plus tard.
    j,habite sur les berges de la nive et les quelques truites restantes,celles qui n,ont pas été tuees par les herons et les cormorans ont debute leur fraie debut janvier.

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